samedi 4 juin 2016

Le tee-shirt et le boubou


Hier soir, je me suis rendu à une rencontre sur la solidarité internationale avec l'ancienne Ministre de la culture du Mali, Madame Aminata Traore, par ailleurs candidate au poste de Secrétaire général des Nations Unies, à l'invitation d'amis communistes de l'Oise.
Alors qu'une partie de la gauche s'égard en cédant aux sirènes des sondages, de discours creux et démagogiques prônant le "ni-gauche ni-droite", il est bon de se rappeler ce que sont les valeurs de gauche et qu'elles ont un sens dans notre histoire et au delà de nos frontières. 

Aux amis qui s'interrogent sur la gauche et s'aventurent parfois dans une voie hasardeuse à la mode depuis quelques mois, je demande de quoi Macron est le nom ? Qu'on me prouve qu'il est celui du progrès social, de la lutte contre les discriminations et les inégalités, de l'engagement en faveur des chômeurs, des étudiants, des retraités, des précaires ... Pour le moment je ne vois qu'une étoile filante qui brille mais dont le contenu est nébuleux et n'a rien de bien nouveau et dont les médias se lasseront vite.

Parler de rupture et d'audace implique de joindre des actes aux belles paroles, sans ça même les meilleures impostures ne durent qu'un temps.

Non, ce ne sont pas la peoplelisation de la vie politique, ni l'abandon de nos valeurs humanistes et sociales parce qu'elles seraient devenues archaïques, ni d'éphémères chouchoux des médias (Valls en était un lui-même il y a quelques mois encore) ou encore les discours "ni gauche ni droite" comme les "gauche droite tous pourris" (la distinction entre les deux est d'ailleurs souvent bien fine) qui changeront la société et amélioreront les conditions de vie des français. 

Je préfère rester de celles et ceux qui demeurent fidèles aux valeurs de gauche, celles de la justice sociale, de la solidarité, celles qui défendent les plus faibles ici et par le monde les peuples opprimés, la gauche qui agit pour l'éducation, pour la tolérance, pour l'égalité des droits pour toutes et tous, pour la préservation de notre environnement, pour un monde où chacun puisse avoir les moyens de vivre dignement. 
Pour reprendre le postulat de Jean Ziegler, c'est une réalité nous vivons dans un monde qui peut permettre à chacun de bien vivre. Si ce n'est pas le cas, ce n'est une question de pouvoir mais de vouloir. Est-ce faire preuve de courage politique que de toujours désigner des boucs émissaires et de montrer du doigt les petits en alimentant les clivages, les méfiances ou les haines ?

Quand un jeune ouvrier interpelle un Ministre d'un gouvernement de gauche et qu'on lui balance que son tee-shirt est une menace et qu'il ferait mieux de se mettre à bosser pour pouvoir s'acheter un costume, on n'imagine bien l'incompréhension totale de ce jeune qui répond alors au Ministre qu'il travaille depuis ses 16 ans.
Son Tee-shirt "free Palestine" certainement importé de Chine, rappelle aussi à quel point le mépris et l'exploitation des petits n'a pas de frontières et combien il est important que des hommes et des femmes de gauche s'engagent pour eux.

Hier soir, avec Aminata Traore, un autre intervenant avait fait le déplacement, Maître Bénéwendé Sankara, responsable du l'Union pour la renaissance/Mouvement sankariste et Vice-président de l'Assemblée nationale du Burkina Faso.
Un petit pays de 18 millions d'habitants, grand comme la moitié de la France, qui est le deuxième producteur africain de coton derrière l'Egypte. Encore aujourd'hui la fibre coton y est toujours exportée à l'état brut pour être transformé ailleurs.
Le sort que connaissent des millions de français, celui d'une industrie qui ferme et qui laissent sur le carreau des familles et des régions entières, le chômage, les délocalisations et la précarité, c'est cette même logique qui conduit les ouvriers et agriculteurs africains travaillant notamment dans le coton à accepter des sacrifices et casser leurs prix pour rester compétitifs face au marché mondial, à accepter les cultures transgéniques qui les rendent esclaves des multinationales et les détournent des productions vivrières. 

Qui d'autre que des hommes et des femmes de gauche s'indignent et s'élèvent contre cette logique pour défendre les travailleurs burkinabés et français ?
Dans les champs et dans les usines, ces gens là aussi portent les mêmes tee-shirt fabriqués en Chine, eux aussi travaillent durs et de la même manière il n'y a qu'une façon d'améliorer leurs conditions de vie et de travail, c'est d'agir pour une politique de gauche, de progrès social, d'émancipation et de justice. 
Si le diable est parfois dans les détails et qu'il suffit finalement de peu quelque fois pour révéler le fond d'une pensée, à un Emmanuel Macron qui, plein de condescendance, dit à un ouvrier que "la meilleure façon de se payer un costard c'est de travailler", je préférerai toujours un Bénéwendé Sankara qui explique simplement "Je porte un boubou fait en coton burkinabé. Il n'y a pas besoin d'aller plus loin."


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