mercredi 15 juillet 2009

"Nouveau Russe"


Je reviens d'une semaine de congés à Moscou. Ce séjour à beaucoup changé l'image que j'avais de la capitale russe. En fidèle du Guide du routard que je suis, avant chacun de mes déplacements, je me procure le guide pour le bouquiner dans l'avion, lire les conseils et noter les bonnes adresses. Je savais donc avant de poser mes valises à Moscou, que cette ville est devenue l'une des plus chères au monde, que la vie y est très coûteuse mais que tous les touristes y trouvent leur bonheurs tant il y a de musées, églises, quartiers à visiter et de spécialités gastronomiques à goûter (ça compte).



 A Moscou, les nouveaux riches / Retour de Moscou – 10 juillet 2009

Pourtant, je dois avouer que je n'ai pas aimé Moscou. Malgré ses églises et ses musées, malgré la gastronomie russe que j'ai beaucoup apprécié, mon séjour a été synonyme de stress, de bruit, de rues interminables où des voitures de luxes filent à toute vitesse. L'architecture de Moscou est impressionnante, marqué par un style typiquement stalinien, peu connu pour être le reflet de la joie de vivre (contrairement aux moscovites, que j'ai trouvé ouverts et sympathiques, contrairement à l'image que l'on se fait souvent d'eux). D'une superficie de 1081km2, peuplée de 14,7 millions d'habitants, la métropole est l'une des plus grande agglomération du monde.

Ce qui m'a le plus marqué, c'est l'exubérance de richesses et de luxe qui s'affichent partout. Les voitures dans les rues ne sont que berlines noires et 4X4 neufs. Le parc automobile semble comme avoir été entièrement renouvelé il y a moins de 5 ans. De même, autre originalité, on ne trouve aucuns deux roues dans les rues de Moscou. Probablement encouragées par les affiches publicitaires titanesques, couvrants des pans entiers d'immeubles et le prix du carburant beaucoup plus bas que dans dans les autres pays occidentaux, la voiture est reine dans les rues de Moscou. Véritable enfer pour les piétons, les rues moscovites donnent un sentiment oppressant de vulnérabilité pour les piétons obligés d'emprunter les nombreux passages souterrains pour traverser les autoroutes qui quadrilles la ville, des voies qui ne semblent pas avoir de limitations de vitesse et dont la largeur varie de 10 à 4 voies pour les plus petites. Le terme de "Nouveau Russe" ("Новый русский" soit "novyj russkij" en russe) désigne les membres de la nouvelle classe sociale de personnalités d'affaires russes qui s'est constituée en Russie depuis la chute de l'URSS.

De manière générale, le terme de "Nouveau Riche", et son extension "Nouveau Russe" est un terme péjoratif. Dans un article de Jérémy FELKOWSKI intitulé "Ces nouveaux russes" publié en 2007 sur un blog de Courrier International dédié à la Russie, l'auteur caractérise "Ces nouveaux russes ... par la fascination qu'ils entretiennent des codes vestimentaires et matériels occidentaux. Ce goût du luxe croissant est étroitement lié au processus aussi bien culturel que social qui met en place une nouvelle catégorie de travailleurs, restructuration spectaculaire et sans frein de l'ancienne nomenklatura du régime soviétique. Qu'il s'agisse de vêtements, de voitures, de voyages, de cosmétiques, de nourriture, le principal but recherché se trouve dans l'ostentatoire."

Amandine REGAMEY, Docteur en Science Politique à l'IEP de Paris qui a réalisé une thèse sur le comique politique en URSS, écrivait en 1999 dans une note intitulée "A. LOUKACHENKA au miroir des histoires drôles" : "le Nouveau Russe est un "Nouveau Riche" caractérisé par sa bêtise, son mauvais goût mais ses énormes potentialités financières (acquises illégalement) qui lui permettent de tout acheter, femmes et policiers compris ... le nouveau russe est reconnaissable à sa voiture de marque (en général une Mercedes)."

Enfin, sur le site internet de la chaîne France 24 on peut lire "L'identité de Moscou est également liée aux «nouveaux Russes» et à leur mode de vie à vitesse grand V, qui ont contribué aux nombreux changements qu’a connus la ville depuis la Perestroïka. Étant aujourd’hui l’une des villes les plus chères au monde, Moscou est également le site de restaurants huppés, où le champagne coule à flots à un prix exorbitant, et de casinos de luxe où la jet-set russe aime évoluer et faire la fête. Même GOUM, le légendaire grand magasin, relique de l’ère soviétique, s’adresse à cette clientèle des «nouveaux Russes» avec des marques de couturiers de renommée internationale."

On évoque souvent le chiffre 60 000 millionnaires qui vivent à Moscou (deuxième ville au monde en nombre de millionnaires, après New York). Néanmoins, on ne manquera pas de me répondra que Moscou ne reflète pas du tout le reste de la Russie. C'est vrai, aux dires des personnes que j'ai eu l'occasion de croiser à Moscou, qui ont voyagé à travers ce pays gigantesque, la capitale russe s’avère totalement différente des autres villes et du reste du pays en particulier. Il me faudra donc retourner en Russie visiter plus profondément le pays, ces villes et son immense territoire pour me faire une image différente et probablement plus positive. D'ici là, je suis donc rentré en France, heureux de retrouver mon petit Paris à taille humaine, qui m'a d'un coup semblé très paisible et agréable.

Plus ?
Lire l'article du Figaro - "Les nouveaux riches russes dépensent sans compter", Alexandre Cèdre, 25/12/2007
Lire le n° 8045 de la Documentation Française - "La Russie entre deux mondes", Jean Radvanyi (Inalco/Cnrs), Gérard Wild (Cepii), 2005
Lire l'article des Café Géo – "Les villes russes en révolution", Denis ECKERT, 12/04/2006
Lire l'article de Russomania.com - "Classement Forbes Russie : les plus riches ont accru leur fortune d’un tiers"
Lire l'article de The Guardian - "Billionaires boom as Putin puts oligarchs at No 2 in global rich list", Tom Parfitt, 19/02/2008
Voir les photo de Donald WEBER sur le site du Times : Photographer Donald Weber explores the world of the newly minted Russian aristocracy

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