dimanche 22 novembre 2015

Caravelles et crustacés. Conversion, reconversion, illusions.

Un californien pour qui le bonheur c'est d'aller à la plage avec sa chèvre ... what else.

Rien, rien du tout si ce n'est le départ et l'exil ? La quête du bonheur n'a de sens que celui que chacun de nous lui donne. Matériel, spirituel, les deux ? Remplir sa vie pour être comblé ou au contraire se dessaisir de tout ce qui pourrait la rendre captive aux choses secondaires et futiles, vivre simplement ou simplement vivre mieux, à chacun d'y répondre.

"C'est pas moi, c'est les autres", n'est-ce pas un peu facile de jeter l'opprobre sur la société de consommation et sur le culte de la jouissance immédiate, n'endossons-nous pas une part de notre propre insatisfaction, nos préoccupations ne nous incombent-elles pas en partie ? La société et notre environnement est-ce là la vraie cause et pas plutôt une fausse raison illusoire, Sysiphe de nature ou de circonstance, menant une quête du bonheur sans fin ?

Le tumulte assourdissant, pour ne pas dire névrosant (surtout quand on sait que ce sont les sociétés les plus développées qui comptent les plus forts taux de suicides), a tendance bien souvent à nous attirer comme la lumière attire les papillons de nuit, mais il peu aussi à l'inverse créer de l'aversion et du rejet. Lorsqu'advient la saturation, soudaine ou croissante, s'ensuit alors parfois jusqu'à l'exil, le départ lointain, la nouvelle vie, celle des émissions nocturnes de nos chaînes de télé grands publics "ils ont tout plaqué pour changer de vie".

Victimes de la surexposition à la société moderne ou simplement d'une incompatibilité a celle-ci, petites natures agoraphobes ou de la race des couillus aguerris, d'origines et de profils divers et variés, ils sont de plus en plus nombreux, a t-on l'habitude d'entendre, à quitter leur milieu, leur société, leur foyer, leur famille parfois, pour commencer une nouvelle vie. Comme un colon partant vers l'inconnu, pour le meilleur et pour le pire, sachant ce qu'il perd mais sans grande idée de ce vers quoi il se dirige, si ce n'est la liberté et l'aventure.
 
Du changement radical à la reconversion professionnelle, décider de rompre peut entraîner un cadre parisien, 10, 20, 30 ans d'expérience dans le secteur bancaire, la communication, les assurances ... A prendre armes et bagages pour partir bâtir de ses mains l'habitat écologique de ses rêves, anciens, enfouis, ou fruit d'un coup de tête soudain.
La rupture peut l'amener a retaper une grange, se lancer dans l'élevage bio ou n'importe quoi pourvu que le changement soit radical ... Pour se recentrer sur des choses qu'il juge alors essentielle, les choses vraies de la  vie.
La rupture peut l'amener a passer les frontières, partir  s'installer en Afrique, en Asie, en Polynésie, partout où il sera  certain que rien ne lui rappelle sa vie d'avant sa mue, d'avant sa prise de conscience.
 
Pour celles et ceux qui n'aspirent pas aux cultures d'ailleurs, ni aux  animaux de la ferme, il est toujours possible de rompre sans partir  physiquement pour autant. Moins cher donc mais pouvant s'avérer tout  aussi riche, le voyage spirituel, la rencontre de la foi est aussi une autre façon de donner ou redonner un sens a sa vie, un but et une raison pour celles et ceux qui se mettent a douter du sens de leur vie actuelle.
 
Il n'y a rien de nouveau et de révolutionnaire là-dedans, baba cool partis en Inde à la rencontre de Ganech, soixante-huitards pacifiste reconvertis dans le fromage de chèvre, jeune diplômé épris de Pierre Rabi et de la décroissance, jeune repenti converti ...
Certains ont trouvé le sens, le bonheur, l'apaisement tant espéré dans ce nouveau départ, d'autres en sont revenus déçus, frustrés, dégoûtés.
Bien sûr, partir rencontrer Dieu en jouant de la guitare avec ses amis sur les plages indiennes n'est souvent pas le remède miracle, et tant idéalisé, pour tout le monde car il existe autant de solution et d'échec qu'il y a de raison de partir.
 
Les questionnements de chacun alimenteront encore longtemps les marchands de bilans de compétence et l'audimat des émissions de divertissement "les Chtis à Dubaï", "ma grande mère à Papeete" etc. ...
Ma vie me convient-elle, suis-je heureux ... Depuis le sommet de la pyramide de Maslow ce sont des interrogations cruciales. Pourtant, s'interroger, s'introspecter, regarder sa vie et la juger, envisager ses possibles, flerter avec la tentation du sursaut et de l'exil, nécessite généralement de se faire violence et un courage certain qui n'est pas donné à chacun.
Ce serait faire un procès injuste à ces Robinson Crusoé des temps modernes que de minimiser leur grand saut à des caprices oiseux. Leur décision n'a rien de pavlovienne pour autant et ils n'en demeurent pas moins des atypiques face à la majorité qui préfère souvent par faiblesse et par facilité, faire l'autruche et regarder le train passer. Ne pas prendre de décision, c'est pourtant en prendre une, celle de se résigner.
 
Que l'on soit plutôt guitare, chapelet ou fromage de chèvre, le principal est au final de ne pas avoir de regrets et vivre sa vie.
Les crédits, la famille, la voiture, sont toujours de bonnes raisons de renoncer à ses rêves et laisser passer sa vie, pourtant comme le dit l'expression "c'est lorsque l'on prend conscience qu'on a une seule vie que commence la seconde"
 
L'asservissement au quotidien, plus rassurant que l'aventure nouvelle, n'en demeure pas moins la principale raison pour laquelle on peut vivre une vie de regret.
Sans verser dans l'hymne à la foi ou à l'exil surcarbonné d'un séjour lointain, il faut reconnaître à notre imparfaite société coupable de bien des tords, qu'elle facilite grandement les  reconversions inopinées. Il n'a paradoxalement jamais été aussi simple de s'affranchir de sa situation dans notre société.
Conversion, reconversion, réussie ou pas, sont des démarches aujourd'hui devenues accessibles pour tous, lorsqu'elles étaient inimaginables hier, à condition que l'on s'en donne soi-même les moyens et la volonté.

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