mercredi 16 janvier 2013

Relations afro-nippones, l'impossible "kon'nichi wa afurika" ?

D'origine Nigériane, Bobby Ologun est un boxer devenu star au Japon /Pub. Softbank 2006

Ils ne sont que quelques milliers dans un pays de 130 millions d'habitants sur un territoire grand comme deux-tiers de celui de la France. Tout semble les opposer à leurs hôtes. Ce sont les africains du Japon.

Alors que le Pays ne compte qu'un peu plus de 2millions d'étrangers, appelés "gaijin", soit moins de 1,8% de la population totale, comprenant 655 000 chinois, 589 000 coréens, 313 000 brésiliens, 211 000 philippins et 60 000 péruviens.
Réciproquement, en 2009 seuls un peu plus d'un million de  nippons vivaient à l'étranger, dont 384 000 aux États-Unis, 127 000 en Chine, 71 000 en Australie, 60 000 au Brésil, et 59 000 au Royaume-Uni.

On le sait, la culture nippone n'est pas la plus encline à l'ouverture et à l'échange. Le Japon ayant même adopté pendant deux siècles une posture autarcique avec une politique isolationniste extrême  se fermant complètement aux étrangers entre 1641 et 1853.
Néanmoins la dénatalité qui frappe le Japon contraint celui-ci à avoir recours à de la main d'œuvre étrangère devenue indispensable. Une situation qui exacerbe le nationalisme japonais.
Difficile donc lorsque l'on est africain, que l'on ne partage ni la culture, ni la langue, ni de liens économiques ou religieux, de trouver sa place dans la troisième puissance économique mondiale.

D’après les chiffres officiels, les africains représentent la plus faible population d’étrangers à Tokyo; ils ne sont en effet que quelques milliers.
D'après le département de l'immigration japonais recensait seulement 2 000 résidents des pays africains en 1991, venus principalement des ex-colonies britanniques : du Ghana, de l'Egypte, du Nigeria, du Kenya et de l'Afrique du Sud. En 7 ans, ce chiffre a presque quadruplé : 7 000 personnes en 1998. Sa composition a aussi légèrement changé : les Nigériens forment la majorité, suivis des Ghanéens, des Egyptiens, des Ougandais, et, à égalité, des Kenyans et des Sud-Africains
La population est composée majoritairement d’hommes, relativement jeunes. Dans une société où le salarié se dévoue corps et âme à l'entreprise, la plupart des africains travailleraient dans l’enseignement, le négoce de vêtements, les entreprises d’importation ou encore la restauration.

Diluée principalement dans la mégapole de 15 millions qu'est Tokyo, la communauté africaine a peu de visibilité. Pas de quartiers africains, mais il est tout de même possible d'écouter des groupes africains au Piga Piga, une boîte de nuit africaine réputée de Tokyo où de se restaurer dans l'un des quinze restaurants de spécialités africaines plus ou moins adaptées aux goûts et aux ingrédients locaux. La plupart de ces lieux sont néanmoins tenus par des japonais et surtout fréquentés par eux. Les africains qui sortent préfèrent se retrouver dans les bars reggaes, populaires chez les jeunes japonais.
Paradoxalement, alors que la diaspora africaine est aussi réduite, il existe quelques ambassades africaines au Japon. Une article de Africa Nouvelles évoque même le gala organisé par l'ambassade burkinabé de Tokyo en décembre 2012 pour célébrer le 52ème anniversaire de l'indépendance du pays des hommes intègres.

A défaut d'avoir une politique africaine claire, le Japon mène incontestablement sur le continent, et ce depuis longtemps, une vraie politique de coopération, très méconnue, qui passe notamment par l'aide au développement et des volontaires sur le terrain (Jica et Jocv). J'avais personnellement eu plaisir a rencontrer Ferdinand Bleka, Président d'Afrijapan, une association de coopération afro-japonaise créé à Tokyo en 1999, très active en particulier en Côté d'Ivoire.

Sur un continent où l'on est davantage accoutumé de parler Chinafrique et Francafrique que du Japon, la visite au Kenya et au Ghana en mars 2012 du prince Naruhito, héritier du trône impérial japonais, ne cache pas le fait que le Japon est complètement dépassé par l’assaut chinois de ces dernières années.
Aujourd’hui, le secteur privé japonais est essentiellement présent en Afrique à travers l’extraction et la construction d’infrastructures énergétiques, en Angola, au Nigeria et au Gabon.
Plus discrètes, peut-être moins brutales, les entreprises japonaises se glissent en Afrique avec le soutien du gouvernement. Ses objectifs restent les mêmes que ceux de la Chine, la France, l'Australie ...  l’appropriation des ressources naturelles et de nouveaux marchés.
Peu d'atomes crochus culturels donc mais business is business.

Plus :
- A visiter : Japonaisnoir.com, le site de deux jeunes "japonais noirs" installés au Japon
- A lire : l'article de Dominique Darbon, La coopération japonaise: une aide publique au développement méconnue, dans Politique Africaine (no 49, mars 1993), disponible sur le web


L'Egyptien Abdelrahman Ahmed Shaalan, premier sumo professionnel africain

Les kimonos africains en wax du camerounais Serge Mouangue

Visite, en mars 2012 au Kenya, du prince Naruhito. © Mohammed Dahir AFP

Juillet 2012 Abidjan, le Président Ouattara recevant une délégation d'entrepreneurs japonais

Un coopérant japonais des JOCV en mission au Malawi, photo: JICA


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