mercredi 5 novembre 2014

Là où va la révolte des jeunes.


Des multiples adjectifs accolés à l'expression "c'est le propre de la jeunesse d'être ..." Figurent en bonnes places ceux d'"impertinente", "rebelle", "utopiste" ou encore "révoltée".
Si l'on peut reconnaître tout du moins une chose à la jeunesse c'est de vivre dans son époque et dans la modernité. Peut-on alors imaginer que l'expression du caractère rebelle et transgressif, que l'on lui prête généralement, puisse se traduire de la même manière aujourd'hui qu'il y a dix ou trente ans ?

Fût une époque où la rébellion appelait les jeunes à manifester sous les banderoles aux slogans trotskistes, fût un temps où la révolte et l'utopie avaient pour noms libération sexuelle, désinhibition, drogues, vie en communauté dans le Larzac et négligence capillaire.
Autrement dit, nuls doutes que les jeunes de 2014 soient au moins autant porteurs du gêne de l'impertinence que leurs aînés au même âge à une autre époque. Pourtant, en 2014 rares sont encore les jeunes qui rêvent de partir au Larzac faire du fromage de chèvre bio ou d'organiser des réunions trotskistes dans une cave en prévision de la révolution prolétarienne.
La façon d'exprimer leur colère, leur impulsivité et leur révolte évolue avec l'évolution des mœurs et de la société. Ces sentiments n'ont pas disparu et ne sont pas devenus étrangers aux jeunes, seulement ils ne s'extériorisent plus de la même façon.
Être un rebelle, c'est d'abord être contre la société et "le système", c'est ne pas être comme les autres, ne pas être un "mouton" naïf et bien pensant. Un rebelle se doit donc de choquer et de faire des choses contraires aux bonnes mœurs de son temps. Or, les temps changent et ce qui choquait autrefois ne choque plus forcement aujourd'hui. Alors qu'ils n'inspirent plus aujourd'hui que bienveillance et nostalgie, les soixante-huitards Renaud et Dany le rouge, ont été des jeunes révoltés, craints pour leur prise de position et pour leur manière de vivre et de penser.

Le vingt-et-unième siècle a donc lui aussi ses rebelles qui choquent les mœurs de la société du vingt-et-unième siècle.
Certains se sont même auto proclamés "pirates", comme les anonymous, hackers et autres révolutionnaires du numérique qui se sont substitués aux fans de Che Guevara. Encore assez méconnus du grands public et plutôt restreints à une certaine jeunesse rarement issue des quartiers les plus populaires, ces rebelles commencent à compter quelques têtes d'affiches et martyrs comme Edward Snowden ou Julian Assange.
On reste néanmoins dans un registre assez confidentiel et sélectif, qui semble inspirer plus d'indifférence que de peur ou d'hostilité auprès du grand public.

Alors pour cette jeunesse du vingt-et-unième siècle, désabusée et rebelle, où donc épancher sa soif de révolte ?
L'extrême droite peut-être, valeur refuge des anti-systèmes ?
Dédiabolisation oblige, de moins en moins ; devenir politiquement correct c'est aussi ne plus sentir la poudre et devenir acceptable pour le plus grand nombre.
Il faut se faire une raison, les meeting de Marine Le Pen comptent à présent plus de jeunes gens de bonne éducation que de skinhead.
Quand le Front National devient le premier parti des jeunes , c'est aussi qu'il se banalise et s'achemine petit à petit vers une "normalisation". Combien faudra-t-il de maires, conseillers généraux et députés frontistes avant que l'on commence à se dire qu'ils font partis du système et en sont partie prenante en participant aux différentes institutions et en devenant un interlocuteur comme les autres ?
En s'immisçant petit à petit dans le système, ne finit-on pas par rentrer dans le moule ?
Tous les partis et courants politiques n'ont-ils pas été minoritaires, marginaux voir indésirables avant de devenir respectables et majoritaires ?

Inutile de chercher bien loin pour trouver de vrais rebelles, ils s'affichent dans la presse parce qu'ils font peur et que la peur fait vendre. Ils affolent la société et exercent une fascination sur de nombreux jeunes révoltés et en quête d'aventure.
Peut-on nier que l'Islam radicale, stigmatisée, montrée du doigt et crainte par la société français et plus largement par notre société occidentale, représente aujourd'hui une voie de prédilection pour une jeunesse en recherche d'un engagement fort et d'une façon d'exprimer son identité, sa différence et sa colère contre l'ordre établi ?
Ces jeunes français qui partent en Syrie, en Irak ou en Afghanistan sont-ils si différents de ceux qui partaient il y a trente ou quarante ans en Amérique latine pour faire la révolution ? Sont-ils si différents que ceux qui partent en Afrique subsaharienne ou dans des zones de guerre s'engager corps et âme dans une mission humanitaire parfois au risque de leur propre vie ?
Blasphème de comparer des jeunes qui vont sauver des vies avec d'autres qui partent pour en enlever ? Bien entendu il ne s'agit pas de mettre ces aventures individuelles dans le même sac, mais seulement de constater que l'engagement et l'activisme de la jeunesse se manifestera toujours de manière à heurter les biens-pensants et choquer la société.
Probable que nos jeunes islamistes djihadistes d'aujourd'hui, disparaitront dans quelques années comme nos jeunes trotskistes d'hier et seront éclipsés par une nouvelle façon d'exprimer sa révolte ...

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