mercredi 26 août 2015

Cimetière ô mon cimetière dis-moi qui je suis

Cimetière musulman à Sarajevo
Si c’est à l’aune de sa vie que l’on peut juger un homme, c’est aussi à ce moment qui laisse place au souvenir du défunt et au deuil de sa famille et de ses proches que l’on peut juger une société, ou du moins mieux la comprendre.
Face à la mort qui se rappelle brusquement à nous, qui frappe parfois sans que l’on ne sache ni ne comprenne pourquoi, qui nous met face à notre condition éphémère, c’est déstabilisé et bouleversé que nous endurons et réagissons de manière différente cette épreuve. Isolement, repli sur soi, détresse ou au contraire volonté de tourner la page et d’aller de l’avant, si la mort se manifeste et révèle des comportements, natures, philosophies et psychologies propres à chacun, elle est également plus largement un révélateur des dogmes et principes de nos sociétés. En France, en Corée, au Mexique, au Mali … à chaque société ses rites funéraires et son rapport à la mort.

Les rites funéraires reproduisent souvent inégalités sociales, ségrégations, dominations et inégalités.

La diversité des milliers de rites funéraires au travers le monde témoigne de nos croyances religieuses, de nos rapports au temps, à la famille, à nos ancêtres, à notre société.
Crémation, conservation des cendres dans une urne ou dispersion dans un jardin du souvenir ou dans un lieu auquel le défunt était attaché, jeté en mer comme le font les marins ou en Inde en incinérant le corps sur le Gange, enterré dans un cercueil, un linceul … simplement en terre, orienté vers la Mecque, dans un carré juif ou musulman, dans un caveau ornemental, dans une fosse commune … il existe de multiples façons de s’occuper du corps du défunt. Celles-ci dépendent des volontés et croyances de chacun mais aussi des coutumes, traditions et règles de la société.

Chaque année on compte plus de 500 000 décès en France et malgré l’accroissement du nombre d’incinération, il est nécessaire d’agrandir les cimetières existants ou d’en créer de nouveaux.
Ces espaces de la mort porteurs d’une dimension sacrée, qui témoignent de notre identité individuelle et collective, omniprésents et discrets à la fois, sont pour certains source de recueillement, d’apaisement, de contemplation, de beauté, comme en témoignent les nombreux sites internet consacrés aux « plus beaux cimetières du monde » et pour d’autres au contraire ce sont des lieux malsains et morbides symboles de tristesse, de malheur et de douleur.

Des chercheurs, photographes, géographes, sociologues ... se sont intéressés à ces territoires et à leur diversité et leurs spécificités dans nos différentes sociétés. C’est le cas du chercheur Sud-coréen Sukki Hong et de ses travaux (1994 « Les cimetieres à Séoul et en Ile-de-France. Etude comparative ») qui soulignent l’attachement des coréens à bien traiter leurs morts, notamment en leur consacrant de l’attention, du temps et de l’espace dans un pays où 1% de la superficie totale est dédiée aux cimetières, lorsque cette proportion est dix fois inférieure en France.
Les rites funéraires, interfaces entre le monde des vivants et celui des morts, symbolisant le passage de la vie à l'au-delà, sont lourds de symboles dans chaque société : cérémonie silencieuse, en chanson, sobre ou au contraire exubérante, vêtue de noir ou au contraire de blanc, religieuse ou non ... Bien qu'il nous répugne donc souvent d'y songer, la mort et les cérémonies qui l'entourent, disent beaucoup de nos défunts, de nos mœurs, de nos cultures et de ce que nous transmettons aux générations suivantes.

Cérémonie funéraire chrétienne chez les Lala de Zambie où les rituels  peuvent durer pendant près d'un an.

Les 9387 croix du cimetière américain de Colleville-sur-Mer dans le Calvados

Le cimetière d'Upernavik au Groenland. Le sol ne pouvant être creusé, les cercueils sont déposés en surface puis recouverts de pierres ou de ciment puis décorées avec des fleurs artificielles.

Cimetière  au Guatemala mélange entre les cultures mayas pré-hispaniques et chrétienne c/ www.derevesetdescales.com

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