lundi 5 octobre 2015

Communautarisme, l'autre racisme ?


Lorsqu'il y a des milliers de variétés de fleur dans votre jardin, pourquoi voudriez-vous toutes les arracher pour n'en laisser qu'une seule ?
À l'ère de la mondialisation, où se rencontrent et se mêlent les multiples cultures, religions et sociétés que compte l'humanité, la crise fait malheureusement grossir les rangs de celles et ceux qui voit la différence comme une menace au détriment de ses défenseurs qui y voit au contraire un atout.

Quelle société voulons-nous ? Pour ma part, j'ai toujours été attaché au multiculturalisme. Parce que c'est une richesse, parce que vivre ensemble, sans créer de barrières entre religions, origines, ou conditions sociales est encore la meilleure façon d'assurer une coexistence bienveillante, paisible et de mieux se comprendre les uns les autres, j'ai toujours rejeté toutes formes de repli sur soi et de stigmatisation d'une population par une autre.

Le multiculturalisme agite bien sûr des sentiments de crainte, de peur ou même de violence, ne serait-ce que parce qu'il est souvent perçu comme un danger pour la préservations des cultures des uns et des autres et le risque de voir sa culture se diluer et disparaître.
De la part de la "majorité", cela peut se traduire par la stigmatisation d'une population bouc-émissaire, de la part de minorités, cela peut se traduire par un communautarisme à l'excès. Vivre entre-soi, sortir entre-soi, se marier entre-soi ... ces pratiques portent un nom, celui de "communautarisme".
Défendu par ceux qui le pratique, comme une manière de préserver leur culture, le communautarisme désigne l'aspiration d'une minorité à se différencier volontairement, pour s'entraider, voire pour se dissocier du reste de la société. Une notion un peu fourre-tout donc puisqu'elle englobe aussi bien une démarche qu'on peut juger plutôt "positive" d'entraide et de soutien et une autre "négative", celle d'isolement voir de rejet vis-à-vis du reste de la société. Si une société multiculturelle permet justement à chacun de vivre et pratiquer sa culture librement, que faut-il penser d'une minorité qui décide de vivre en vase clos ?

Réalité surprenante, en France en 2015, il est possible de vivre depuis 30 ou 40 ans dans ce pays, sans en connaître la langue, sans côtoyer le reste de la société, en vivant en totale autarcie avec les membres de sa communauté. Pour avoir discuté longuement de certaines de ces pratiques, notamment avec celles et ceux qui les véhiculent ou les subissent et en avoir été témoin à maintes reprises, on perçoit clairement que le cœur du sujet c'est celui de la question de l'intégration, seulement encore faut-il la vouloir de chaque côté.

Il est toujours difficile et délicat de distinguer la frontière entre la volonté de bienveillance avec les siens ou de malveillance vis-à-vis des autres.

Quoi qu'il en soit, ces excès en entraînent d'autres, et les abus des uns entraînent des réactions excessives des autres. De là, à mettre multiculturalisme et communautarisme dans le même sac, il n'y a qu'un pas que certains franchissent aisément comme le député frontiste Gilbert Collard l'illustre parfaitement lorsqu'il déclare sur itélé "on arrête de jouer, on met un barrage au communautarisme, au multiculturalisme, on surveille les frontières".

En France, le terme de "communautarisme" a été de plus en plus employé depuis le début des années 1990, souvent pour désigner les musulmans. Il est presque toujours utilisé dans un sens péjoratif pour désigner une menace contre le reste de la société. 
Il n'en est pas forcément de même ailleurs en occident où s'oppose souvent la conception de l'"anti-communautarisme" à la française et celle du communautarisme ou multiculturalisme à l'angle-saxonne. La seconde se voulant plus tolérante, plus ouverte diront ses partisans, plus laxiste et irresponsable diront ses détracteurs.

Si le communautarisme se prête facilement aux débats enflammés où se mêlent souvent colères et incompréhensions, chacun ayant ses propres anecdotes personnelles et faits divers sur un sujet très complexe, instrumentalisé par les uns et les autres, il faut éviter les excès, caricatures et sectarismes et savoir raison garder.
Sujet sensible ne veut pas dire insoluble et il ne faut pas perdre espoir que le dialogue est la meilleure solution contre le vivre entre-soi, pour le vivre ensemble. Sachons faire vivre les cultures dans le respect en permettant à chacun de pratiquer sa culture librement et en s'ouvrant à celle des autres.

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